Information détaillée concernant le cours

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Titre

Comment dialoguer entre sociologues et économistes

Dates

Printemps 2022

Organisateur(s)/trice(s)

Robin Jolissaint (doctorant, UNIFR), Julien Dessibourg (doctorant, UNIFR) 

Intervenant-e-s

A déterminer

Description

Un des faits marquants de ces dernières décennies a été la révolution néo-libérale des années 1970. Ce tournant a initié une reconfiguration profonde à la fois de nos sociétés, lesquelles nous sommes appelé.e.s à analyser, et de nos disciplines académiques et les outils scientifiques que nous utilisons pour observer, penser, et théoriser. Cette reconfiguration se manifeste par l'affluence des pratiques et des analyses économicisantes ainsi que par le déni du social comme catégorie d'action et de pensée. Alors que dans les sciences économiques, le paradigme néoclassique domine largement les chaires universitaires, la sociologie générale conserve une pluralité de paradigmes pour penser l'économie, et fait figure de pôle d'attraction pour les économistes hétérodoxes. C'est ainsi qu'en Suisse, les réflexions « non-néoclassiques » les plus innovantes se retrouvent dans les départements de sociologie, de socioéconomie, de sciences des religions, d'anthropologie, de géographie ou encore de philosophie. L'objectif du séminaire doctoral est ainsi de réunir des économistes alternatif.ve.s et des sociologues (au sens large) afin de réfléchir sur les ponts et obstacles qui relient ou séparent nos disciplines. Nous aurons la chance de pouvoir compter sur la présence et/ou les réseaux de plusieurs professeur.e.s romands dans des disciplines diverses : F. Gauthier (UniFr), C. Arnsperger (Unil), E. Hertz (UniNe), S. Rossi (Unifr). De plus, notre souhait est que le cœur du séminaire soit la représentation d'une large palette d'approches hétérodoxes de l'économie, en invitant si possible leur chef.fe de fil, qui puissent répondre précisément à la question des ponts entre économie et sociologie dans leur propre conception. 

Lieu

A déterminer

Information

Un des faits marquants de ces dernières décennies a été la révolution néo-libérale des années 1970. Ce tournant a initié une reconfiguration profonde de nos sociétés, par laquelle les mécanismes du marché ont été nommés pour supplanter l'Etat en ce qui a trait à l'organisation de la société. Désormais, les logiques économiques sont appelées à jouer un rôle de plus en plus structurant dans nos sociétés. Ces cinquante dernières années ont été marquées par l'impact grandissant des économistes néoclassiques sur la politique, le droit, la religion, l'éducation, l'écologie, ainsi que sur les sciences sociales, qui ont été en grande partie reformatées. En sociologie, c'est sous l'influence de l'économiste Gary Becker que se développe un nouveau paradigme : à rebours des analyses faites jusqu'à lors, Becker et ses disciples affirment que toutes les actions humaines peuvent (et doivent) être analysées en termes économiques. Tou.te.s les acteurs et actrices, à tout moment, dans tous les domaines de la société sont désormais vu.e.s comme des « entrepreneur.e.s » qui calculent les coûts et les bénéfices de leurs actions et qui cherchent constamment à maximiser ces rapports pour satisfaire au mieux leurs intérêts individuels. Du point de vue des sciences économiques et d'une partie grandissante des sciences sociales, la société serait avant tout un espace d'échanges marchands qu'il convient d'appréhender comme tel, c'est-à-dire qu'il faut la décrire en termes économiques et étendre le domaine d'application des théories économiques à l'ensemble de la société.

 

Or, ces théories « économiques » sont purement formelles et déductives, en rupture avec la tradition sociologique générale[1] qui s'est distinguée dès Durkheim de la philosophie par son insistance sur les réalités empiriques et sa méthode inductive. Les théories économiques et le paradigme du choix rationnel en sociologie réduisent à priori la complexité du social à une série de principes simples et restent largement insensibles aux critiques qui leurs sont adressées en ce sens, malgré les travaux d'intellectuels de renoms tant en sociologie qu'en économie dite « hétérodoxe ». Même la crise de 2008 et les innombrables critiques du système de pensée néolibéral n'ont pas réussi à ébranler substantiellement les convictions de nos économistes, et les sociologues semblent avoir réussi à s'imposer dans le débat public qu'avec un succès mitigé.

 

L'absence d'un programme CUSO en économie est symptomatique des difficultés de dialogues qui existent aujourd'hui entre les disciplines. Selon les co-organisateurs membres de la Chaire de macroéconomie et d'économie monétaire, les seules formations doctorales disponibles en Suisse sont organisées sous l'égide de la Banque Nationale Suisse.[2] Dans les universités suisses, les départements d'économie suppriment progressivement les cours de pensée économique, alors que les cours portant sur l'économie dans les différentes disciplines en sciences humaines n'attirent pas les futur.e.s économistes. La rupture semble aujourd'hui consommée entre les sciences économiques néoclassiques et la sociologie générale, tant au niveau de la recherche qu'à celui de la relève. Par notre projet, nous espérons attirer les économistes non-néoclassiques de Suisse pour en faire des partenaires de discussion dans l'espoir de dialogues constructifs au sein d'une grande science sociale réunie qui inclue les spécialistes de la conceptualisation et de l'analyse économique.

 

Ce dialogue nous semble important non seulement par intérêt intellectuel, mais aussi par nécessité civique. Les événements actuels tels que la gestion de la pandémie de la Covid-19 et la détérioration de l'environnement naturel montrent les limites du système néolibéral en place. Alors que ce dernier réduit le monde à un gigantesque marché, il devient urgent de repenser l'économie à travers des courants hétérodoxes qui renouent avec l'esprit de la sociologie classique. C'est autour de ces questions que s'articulera ce séminaire CUSO.

 

Différents économistes hétérodoxes ainsi que des sociologues/anthropologues seront ainsi invité.e.s à présenter leur courant de pensée, avec comme consigne particulière de mettre en avant la manière dont iels lient économie et sociologie. Les participant.e.s à cet atelier peuvent donc espérer être exposé.e.s à un panel d'approches existantes en sciences sociales qui pourront éclairer les rapports possibles entre sociologie et économie. À terme, le but est non seulement de sensibiliser les étudiant.e.s au manque de dialogue entre économie et sociologie, mais aussi de leur offrir quelques clés pour repenser leurs disciplines respectives en-dehors du paradigme du choix rationnel, que cela soit l'économie (en l'ouvrant à la sociologie) ou la sociologie (en l'ouvrant à l'approche hétérodoxe l'économie).

 

[1] Nous utilisons ici le terme « sociologie » ou l'expression « sociologie générale » pour faire référence de manière raccourcie à l'ensemble des sciences sociales, que nous souhaitons considérer dans ce qu'elles ont en commun, malgré leurs spécificités, sous un terme unifié, et non pas pour affirmer une réduction des sciences sociales à la seule discipline sociologique stricto sensu. Cf. Revue du Mauss semestrielle, no24 : « Une théorie sociologique générale est-elle pensable ? » (2004).

[2] Le fait que notre projet d'atelier CUSO s'adresse uniquement au programme PDRS est le résultat de cette situation.

Places

15

Délai d'inscription 30.06.2022
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