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Titre

[REPORT DEMANDÉ] Comment dialoguer entre sociologues et économistes ? Avec Robert Boyer, Alain Caillé et Olivier Favereau !

Dates

8 au 9 avril 2022

Organisateur(s)/trice(s)

Robin Jolissaint (doctorant, UNIFR), Julien Dessibourg (doctorant, UNIFR) 

Intervenant-e-s

Robert Boyer (Economiste, théoricien de l'Ecole de la régulation, professeur émérite), Alain Caillé (Economiste et sociologie, théoricien du Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales, professeur émérite), Olivier Favreau Economiste (théoricien de l'Economie des conventions, professeur émérite)

Description

Pour ce séminaire, nous aurons la chance de compter sur la présence de trois éminents professeurs qui ont marqué les approches hétérodoxes de l'économie : Robert Boyer, Olivier Favereau et Alain Caillé. En plus de leur présentation, ils seront à disposition des étudiant.e.s pour discuter de leurs recherches. Le séminaire prévoit suffisamment de temps d'échanges libres et informels pour discuter en profondeur de nos cadres théoriques. Les chercheurs et chercheuses de différentes disciplines des sciences sociales sont les bienvenu.e.s.

Alors que dans les sciences économiques, le paradigme néoclassique domine largement les chaires universitaires, les sciences sociales conservent une pluralité de paradigmes pour penser l'économie, et fait figure de pôle d'attraction pour les économistes hétérodoxes. C'est ainsi qu'en Suisse, les réflexions « non-néoclassiques » les plus innovantes se retrouvent dans les départements de sociologie, de socioéconomie, de sciences des religions, d'anthropologie, de géographie ou encore de philosophie. L'objectif du séminaire doctoral est ainsi de réunir des économistes alternatif.ve.s et des sociologues (au sens large) afin de : 1) réfléchir sur les ponts et obstacles qui relient ou séparent nos disciplines ; 2) développer une approche critique et réflexive de nos propres pratiques de chercheurs et chercheuses.

En effet, un des faits marquants de ces dernières décennies a été la révolution néo-libérale des années 1970. Ce tournant a initié une reconfiguration profonde à la fois de nos sociétés, lesquelles nous sommes appelé.e.s à analyser, et sur nos disciplines académiques et les outils scientifiques que nous utilisons pour observer, penser, et théoriser. Cette reconfiguration se manifeste par la supériorité des pratiques et des analyses économicisantes et le déni du social comme catégorie d'action et de pensée. Ce séminaire vise à nous donner les armes intellectuelles pour penser l'économie de manière pertinente à partir du social, et résister à la tendance inverse.

NB : Etant donné l'éminence de trois invités, chacun fondateur d'une école de pensée, nous nous attendons à des discussions théoriques et épistémologiques poussées et à un niveau d'abstraction élevé. Les participant.e.s ne présenteront pas leur projet de thèse, mais nous avons prévu suffisamment de temps d'échanges libres et informels pour approfondir la réflexion sur nos cadres théoriques communs et respectifs.

Préparation:

Une préparation des étudiant.e.s est nécessaire pour ce colloque. Des lectures obligatoires sont prévues. 

Programme

Vendredi après-midi :

13h30 – Présentation du prof. Boyer (45min + 1h de discussion)

Thème : Une discipline sans réflexivité peut-elle être une science ? Épistémologie de l'économie.

15h15 – Pause (15min) 15h30 – Présentation du prof. Favereau (45min + 1h de discussion)

Thème : Panorama des emprunts de l'économie des conventions aux sciences humaines et sociales, le cas de la théorie de l'entreprise et de son "gouvernement".

17h15 – Fin de la journée, discussions, repos

18h30 – Souper

Samedi matin :

8h30 – Présentation du prof. Caillé (45min + 1h de discussion)

Thème : Vers une économie politique institutionnaliste ?

10h15 – Pause (15 min)

10h30 – Présentation de… (45 min + 1h de discussion)

Thème :

12h15 – Pause, repas

Samedi après-midi :

13h45 – Discussion / débat / synthèse (1h30)

  • Comment dialoguer entre sociologues et économistes ?
  • Quels principes semblent unanimes ? À l'inverse, quelles sont les oppositions structurantes du débat ?
  • Sur quels concepts-clés et analyses prépondérantes pouvons-nous bâtir ?
  • Quel futur et quelles applications possibles de nos discussions dans nos recherches ?
  • Quelle place pour les sciences sociales et l'économie hétérodoxe dans le débat public ?

15h15 – Pause, discussions libres, échanges (30 min)

15h45 – Présentation du convivialisme par Alain Caillé (30 minutes)

16h15 – Mot de clôture par les organisateurs (15 minutes)

16h30 – Fin du colloque. Apéritif.

Lieu

A déterminer

Information

Descriptif long :

Quatre grand.e.s économistes hétérodoxes et sociologues seront invité.e.s à présenter leur courant de pensée (Théorie de la régulation, Ecole des conventions, Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales, Economie institutionnaliste, et éventuellement Théorie critique ou Economie durable), avec comme consigne particulière de mettre en avant la manière dont iels lient économie et sociologie. Les participant.e.s à cet atelier peuvent donc espérer être exposé.e.s à un panel d'approches existantes en sciences sociales qui pourront éclairer les rapports possibles entre sociologie et économie. À terme, le but est non seulement de sensibiliser les étudiant.e.s au manque de dialogue entre économie et sociologie, mais aussi de leur offrir quelques clés pour repenser leurs disciplines respectives en-dehors du paradigme du choix rationnel, que cela soit l'économie (en l'ouvrant à la sociologie) ou la sociologie (en l'ouvrant à l'approche hétérodoxe l'économie).

Un des faits marquants de ces dernières décennies a été la révolution néo-libérale des années 1970. Ce tournant a initié une reconfiguration profonde de nos sociétés, par laquelle les mécanismes du marché ont été nommés pour supplanter l'Etat en ce qui a trait à l'organisation de la société. Désormais, les logiques économiques sont appelées à jouer un rôle de plus en plus structurant dans nos sociétés. Ces cinquante dernières années ont été marquées par l'impact grandissant des économistes néoclassiques sur la politique, le droit, la religion, l'éducation, l'écologie, ainsi que sur les sciences sociales, qui ont été en grande partie reformatées. En sociologie, c'est sous l'influence de l'économiste Gary Becker que se développe un nouveau paradigme : à rebours des analyses faites jusqu'à lors, Becker et ses disciples affirment que toutes les actions humaines peuvent (et doivent) être analysées en termes économiques. Tou.te.s les acteurs et actrices, à tout moment, dans tous les domaines de la société sont désormais vu.e.s comme des « entrepreneur.e.s » qui calculent les coûts et les bénéfices de leurs actions et qui cherchent constamment à maximiser ces rapports pour satisfaire au mieux leurs intérêts individuels. Du point de vue des sciences économiques et d'une partie grandissante des sciences sociales, la société serait avant tout un espace d'échanges marchands qu'il convient d'appréhender comme tel, c'est-à-dire qu'il faut la décrire en termes économiques et étendre le domaine d'application des théories économiques à l'ensemble de la société.

Or, ces théories « économiques » sont purement formelles et déductives, en rupture avec la tradition sociologique générale1 qui s'est distinguée dès Durkheim de la philosophie par son insistance sur les réalités empiriques et sa méthode inductive. Les théories économiques et le paradigme du choix rationnel en sociologie réduisent à priori la complexité du social à une série de principes simples et restent largement insensibles aux critiques qui leurs sont adressées en ce sens, malgré les travaux d'intellectuels de renoms tant en sociologie qu'en économie dite « hétérodoxe ». Même la crise de 2008 et les innombrables critiques du système de pensée néolibéral n'ont pas réussi à ébranler substantiellement les convictions de nos économistes, et les sociologues semblent avoir réussi à s'imposer dans le débat public qu'avec un succès mitigé.

L'absence d'un programme CUSO en économie est symptomatique des difficultés de dialogues qui existent aujourd'hui entre les disciplines. Selon nos collègues hétérodoxes membres de la Chaire de macroéconomie et d'économie monétaire à l'Université de Fribourg, les seules formations doctorales disponibles en Suisse sont organisées sous l'égide de la Banque Nationale Suisse.2 Dans les universités suisses, les départements d'économie suppriment progressivement les cours de pensée économique, alors que les cours portant sur l'économie dans les différentes disciplines en sciences humaines n'attirent pas les futur.e.s économistes. La rupture semble aujourd'hui consommée entre les sciences économiques néoclassiques et la sociologie générale, tant au niveau de la recherche qu'à celui de la relève. Par notre projet, nous espérons attirer les économistes non-néoclassiques de Suisse pour en faire des partenaires de discussion dans l'espoir de dialogues constructifs au sein d'une grande science sociale réunie qui inclue les spécialistes de la conceptualisation et de l'analyse économique.

Ce dialogue nous semble important non seulement par intérêt intellectuel, mais aussi par nécessité civique. Les événements actuels tels que la gestion de la pandémie de la Covid-19 et la détérioration de l'environnement naturel montrent les limites du système néolibéral en place. Alors que ce dernier réduit le monde à un gigantesque marché, il devient urgent de repenser l'économie à travers des courants hétérodoxes qui renouent avec l'esprit de la sociologie classique. C'est autour de ces questions que s'articulera ce séminaire CUSO.

1 Nous utilisons ici le terme « sociologie » ou l'expression « sociologie générale » pour faire référence de manière raccourcie à l'ensemble des sciences sociales, que nous souhaitons considérer dans ce qu'elles ont en commun, malgré leurs spécificités, sous un terme unifié, et non pas pour affirmer une réduction des sciences sociales à la seule discipline sociologique stricto sensu. Cf. Revue du Mauss semestrielle, no24 : « Une théorie sociologique générale est-elle pensable ? » (2004).

2 Le fait que notre projet d'atelier CUSO s'adresse uniquement au programme PDRS est le résultat de cette situation. 

Frais

Modalité financière pour les doctorant-e-s CUSO: CHF 20.-

Places

15

Délai d'inscription 15.03.2022
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