Les groupes socio-professionnels en sociologie. Un objet incontournable, à la frontière entre professions, travail et politique

Colloque résidentiel

Mercredi 8, jeudi 9 et vendredi 10 novembre 2006, à Morat, Hôtel Krone  

Organisation: Département des Sciences de la société (DSS), Université de Fribourg. Muriel Surdez, professeure (responsable), Fabrice Plomb, maître d'enseignement et de recherche, Francesca Poglia, professeure.

  

Argument

Le point de départ de ce séminaire résidentiel naît d’un paradoxe : les groupes professionnels et les professions sont rarement à l’avant-scène des recherches sociologiques conduites en Suisse alors même qu’ils demeurent présents en tant que variable explicative ou élément de compréhension dans les enquêtes portant sur la structure sociale, économique ou politique du pays. Les groupes professionnels et, partant, les catégories professionnelles, seraient-ils dès lors des « passagers clandestins » dont aucune recherche ne peut se passer ? S’interroge-t-on sur les recompositions de leurs fondements, de leurs formes, de leurs frontières, ou les usages actuels tendent-ils, au contraire, à réifier les appartenances professionnelles ? L’emploi généralisé de termes comme « identité professionnelle » , « reconnaissance professionnelle » ou « reconversion professionnelle » marque-t-il un regain d’intérêt pour les catégories et catégorisations professionnelles ou, plutôt, une banalisation du regard porté sur les enjeux de pouvoir et d’identification qui s’y rattachent ?

  

Pour approfondir ces interrogations, notre séminaire résidentiel réunira des chercheurs-ses et doctorant-e-s spécialistes de ce domaine ou intéressés à cette thématique. Il visera à:

1) présenter des pistes d’analyse récentes sur les groupes socio-professionnels en se concentrant plus particulièrement sur les approches de la sociologie des professions, de la sociologie du travail et de la sociologie politique ainsi que sur leurs apports et rapports respectifs ;

2) discuter la place de cet objet de recherche dans la sociologie suisse et étrangère et, partant, dans les travaux de recherche des doctorant-e-s.

  

Vu l’éclatement et l’absence d’institutionnalisation des recherches sur les groupes socio-professionnels en Suisse, il nous paraît important de mettre en évidence les perspectives analytiques et méthodologiques développées autour de cette thématique. Il s’agit de montrer comment les études sur les groupes socio-professionnels traitent d’enjeux centraux pour la sociologie tels la différenciation sociale des activités, les concurrences accrues dans des périodes de dérégulation des marchés ainsi que leur incidence sur les logiques de reproduction familiale, scolaire et professionnelle. La sociologie des professions, en tant que champ spécialisé, offre des outils conceptuels pour examiner la dynamique des rapports de pouvoir entre groupes socio-professionnels. Les chercheurs observent les luttes ou alliances qui se déroulent autour de la division du travail et de la monopolisation de nouveaux marchés professionnels ainsi que les ressources et modes de mobilisation mis en oeuvre pour acquérir ou conserver le soutien des autorités politiques dans ces conflits. Sicette approche a pour ambition d’éclairer des processus politiques et économiques généraux, elle s’est néanmoins centrée, par tradition, sur l’analyse de certains secteurs d’activité (professions médicales, juridiques ou artistiques notamment) au détriment d’autres professions, en particulier des professions salariées. Les trois journées du séminaire résidentiel permettront aux participant-e-s d’approfondir ces questionnements en comparant des recherches menées en Suisse et dans les pays qui nous entourent. Elles préciseront quels sont les ponts, les connexions disciplinaires qui s’établissent (ou pas !) avec d’autres spécialisations et terrains comme la sociologie de la famille ou celle de l’éducation. Il ne s’agit pas, en effet, d’autonomiser a priori l’étude des groupes professionnels, mais bien de comprendre comment une telle approche permet d’appréhender des logiques qui touchent à la redéfinition, à la perpétuation et à la combinaison des positions et des attachements professionnels.

Nous retiendrons principalement :

1) les processus de transmission / remise en cause des héritages au sein des milieux professionnels sous l’angle des rapports entre générations, entre genres, entre types de diplômés, entre migrants et établis ;

2) les réorganisations des rapports de travail au sein des marchés professionnels au travers de nouvelles formes d’autonomie/de hiérarchie/de professionnalisation ou de la transformation des conditions d’accès, de recrutement et de rémunération aussi bien dans les professions salariées qu’indépendantes ;

3) les orientations, les engagements et les investissements politiques des groupes socio-professionnels qui se déclinent dans la sociologie des comportements électoraux et dans l’étude du rôle des groupes socio-professionnels dans les politiques publiques.

  

Parallèlement, et d’un point de vue méthodologique , notre séminaire résidentiel s’intéressera à la manière dont les recherches « découpent » les groupes qu’elles étudient – initialement et avec l’avancement du travail – sachant que les délimitations et les démarcations entre et au sein des groupes s’avèrent des enjeux centraux dans la constitution et dans l’institutionnalisation de l’identité de ces collectifs. Concrètement, sur quels critères à la fois théoriques et de faisabilité, sur quelles expériences antérieures se basent les sociologues ? Les thèses en cours se trouvent ici interpellées, qu’elles aient opéré une sélection mettant en avant telle profession, telle division ou fraction professionnelle, ou encore qu’elles aient procédé à des découpages ignorant les groupes ou catégories professionnels. Que faisons-nous quand nous définissons notre population d’enquête selon le critère de la « profession » ? Et avec quels effets ? Par l’ensemble de sa problématique, ce séminaire résidentiel prolonge le séminaire de l’école doctorale mis sur pied en collaboration avec la revue Carnets de bord, en novembre 2005, à Cartigny, sur la thématique des « classes moyennes ». Il élargit toutefois le spectre des groupes concernés en se centrant plus résolument sur leur situation professionnelle. S’il n’est pas nécessaire d’avoir suivi cette précédente rencontre pour participer au séminaire de Morat, nous souhaitons marquer cet effort de cumulativité qui, avec la nécessaire diversité des points de vue, entre dans les objectifs pédagogiques que poursuit l’école doctorale romande en sociologie.

  

PROGRAMME DU SEMINAIRE

  

Mercredi 8.11.06

  

9h30 Mot de bienvenue : André Ducret

Ouverture du séminaire : Muriel Surdez

  

10h-12h30 L’actualité de l’étude des groupes professionnels dans la discipline sociologique

(modérateur : André Ducret)

Quelle est la place accordée à l’étude des groupes professionnels dans le champ des recherches sociologiques ? Pourquoi ce domaine d’études s’est-il peu institutionnalisé en Suisse ? Par quelles démarches ou perspectives complémentaires/concurrentes est-il couvert et quels apports fournit-il à l’analyse des processus sociaux?

  • Sociologie des professions et du travail en Suisse. Perspectives à partir de l’étude des carrières médicales (Magdalena Rosende, Université de Lausanne).
    abstract_rosende (5.7Ko, pdf)
  • Les apports de la sociologie des professions aux problématiques récentes de la sociologie (Cédric Lomba, CNRS, Centre de sociologie urbaine, Paris)

  

14h- 17h Groupes professionnels et milieux de sociabilité

(modératrice : Francesca Poglia)

Les groupes et spécialisations professionnels se distinguent les uns des autres dans la structure sociale par la constitution de frontières, de normes et de pratiques propres. La perpétuation ou l’ajustement de ces manières d’être et de faire, des sociabilités qui les soutiennent, sont des enjeux essentiels pour la cohésion et l’image sociale de chaque groupe. Le contrôle de l’accès et de la mobilité interne, comme la transmission de nouveaux « savoirs/valeurs » professionnels, reposent « en proportion variable » sur des logiques familiales, scolaires, patrimoniales. Nous examinerons différents types de tensions et de solidarité qui peuvent modifier les caractéristiques des groupes.

  • Professions et immigration : « communauté et niches professionnelles » (Anne Juhasz, Université de Neuchâtel).
    abstract_juhasz (6.2Ko, pdf)
  • Les petits fonctionnaires : une socialisation professionnelle encadrée par l’institution ? L’exemple des facteurs des années 1950 à nos jours (Marie Cartier, Université de Nantes).
    abstract_cartier (5.8Ko, pdf)

  

Option récréative :

Visite chez un producteur de vin du Vully, Michel Pellet : éléments de présentation sur les marchés et les stratégies professionnels des viticulteurs de la région + dégustation !

  

Jeudi 9.11.06

  

9h-12h30 Groupes professionnels et politique

(modérateurs : F. Plomb et Cristina Ferreira)

Les groupes professionnels ont, surtout dans le contexte helvétique, été décrits comme ayant « un pouvoir influant » dans le système politique. Comment peut-on décrire cet impact, est-il opérationnel de distinguer des groupes ayant peu de capacité d’action, des groupes à rayon d’action restreint (sur leur propre domaine d’activité) ou large (groupes prescripteurs ou systématiquement consultés). Sur la base de quelles alliances et affiliations politiques ces positions se sont-elles consolidées? Comment se modifient-elles, lorsque de nouveaux concurrents ou référentiels d’action apparaissent sur la scène politique ? L’inflexion des politiques publiques peut-elle conduire certains groupes professionnels (les représentants et l’ensemble des membres) à « changer » d’opinion, à réorienter les soutiens qu’ils accordent à telle ou telle formation politique ? Plus largement, l’analyse d’un champ décisionnel ou d’une politique peut-elle se passer d’examiner les différents professionnels qui y présentent et y défendent des intérêts ?

  • Les catégories socio-professionnelles et les études électorales. L’exemple du vote de « classe » (Oscar Mazzoleni, Observatoire du politique, Bellinzone).
    abstract_mazzoleni (68.4Ko, pdf)
  • Penser ensemble l’unité de la culture professionnelle des architectes et la diversité de leurs pratiques : une tentative de thématisation en sociologie des professions (Florent Champy, EHESS, Paris).
    abstract_champy (28.8Ko, pdf)
  • Les concurrences entre spécialités professionnelles dans les politiques de l’environnement (Harald Mieg, Humboldt Universität/EPFZ).
    abstract_mieg (6.2Ko, pdf)

  

14h-17h Groupes professionnels et politique

(modérateurs : Muriel Surdez et Fabrice Plomb)

  • La redéfinition des politiques sociales et leurs conséquences sur les métiers du travail social (Marc-Henry Soulet, Département de travail social, Université de Fribourg).
    abstract_soulet (4.9Ko, pdf)
  • Ateliers doctorants. En fonction du nombre d’inscrits et de leurs thématiques, présentation de thèses traitant de groupes professionnels et/ou réflexion sur la possibilité d’intégrer cet angle d’analyse.

Doctorants déjà contactés :

- George Waardenburg (Université Genève) : L’imprimerie : des professions en mutation.


- Felix Bühlmann (Université de Lausanne): Bringing Professions back in? Quelques implications théoriques du choix de l’unité de recherche.

abstract_buhlmann (14.7Ko, pdf)


 

  

Vendredi 10.11.06

  

9h-13h Internationalisation et transformations des « marchés » professionnels

(modérateur : Eric Davoine, prof. d’économie, Université de Fribourg)

Il s’agit ici de prendre en compte une problématique que les sociologues des professions et du travail ont encore peu abordé de front, à savoir les échelles politico-géographique dans lesquelles sont intégrés et agissent les groupes socio-professionnels. Les frontières nationales ont été considérées jusqu’ici comme les délimitations principalement pertinentes pour saisir les modalités de régulation des marchés professionnels et les spécificités constitutives des identités professionnelles, même dans les travaux menant des comparaisons internationales. L’ « ouverture des marchés » au niveau institutionnel européen et mondial bouscule-t-elle les normes, les « habitus » et les prises de position des professionnels dans tous les secteurs d’activités, avec des temporalités plus ou moins rapides ? Comment se manifeste cette internationalisation dans les pratiques, par quels acteurs est-elle portée et quelles stratégies de résistance ou d’adaptation suscitent-elles ? Inclure dans l’analyse la situation des universitaires vise à boucler le séminaire sur une perspective auto-réflexive.

  • L’européanisation des carrières politico-administratives (Didier Georgakakis, Université Robert Schuman, Strasbourg)
  • L’internationalisation des professionnels du football (Loïc Ravenel, Université de Franche-Comté)
    abstract_ravenel (34.4Ko, pdf)
  • Internationalisation et professionnalisation des dirigeants des entreprises suisses (André Mach, Université de Lausanne).
    abstract_mach (10.1Ko, pdf)
  • Bilan et clôture