Pratiques sociologiques et historiennes : entre concepts et contextes

Colloque résidentiel à l’initiative de la revue Carnets de bord

Jeudi 25 et vendredi 26 octobre 2007, Genève, au centre de rencontres de Cartigny

Colloque coordonné par Marco Cicchini (historien, Université de Genève), Cornelia Hummel (sociologue, Université de Genève) et Pierre-Antoine Schorderet (politiste, Université de Lausanne).

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Argument

 

Les rapports entre sociologie et histoire constituent une thématique, sous beaucoup d’aspects, éculée tant elle revient dans les débats sur la spécificité et la complémentarité des deux disciplines. Si la question réapparaît à nouveaux frais, c’est sans doute qu’au-delà des pétitions de principes qui peuvent animer les réflexions théoriques sur ce que devrait être idéalement ce rapport, qu’au-delà d’une dissociation nette des cursus d’études, des ancrages institutionnels, des supports de production scientifique et des habitudes de travail, sociologues et historiens continuent de se rencontrer dans leur travail quotidien, au moins intellectuellement. Si les emprunts plus ou moins conscients et les adaptations plus ou moins fidèles sont la trame ordinaire du dialogue entre sociologie et histoire, sans doute que leur dévoilement et leur description sont des outils utiles à l’intelligibilité de nos démarches scientifiques. Dans le cliché du « sociologue sans archives et de l’historien sans concepts », il y a tout un imaginaire du monde académique que la sociologie et l’histoire de ces disciplines devraient pouvoir situer à bon endroit.

Parmi les divers points de convergence/divergence qui caractérisent les relations entre sociologie et histoire, ce séminaire invite à s’arrêter sur l’articulation entre concept et contexte, le premier autorisant la montée en généralité des énoncés, le second ramenant tout résultat à des coordonnées spatio-temporelles. Cette articulation permet de questionner la tension constitutive d’une épistémologie commune aux deux disciplines : la sociologie et l’histoire sont en effet des sciences du « monde social-historique » (Passeron). Si cette épistémologie est commune, il y a bien des différences qui s’expriment par des styles narratifs spécifiques : entre la densité factuelle privilégiée par l’historien et les énoncés sociologiques plus prompts à la généralité, il y a sans doute deux manière différentes de rendre compte des données empiriques prélevées sur le cours du monde. Et il n’est pas certain que les modalités de production des données traitées par l’histoire et la sociologie – sont-elles fondamentalement différentes ? – soient à la base d’une telle divergence d’approche.

Dans la recherche, les doutes sont encore bien trop nombreux pour ne pas susciter d’interrogations. Qu’est-ce qui distingue ou rapproche le maniement des sources que l’on dépouille aux archives et l’exploitation des données que l’on récolte sur terrain ? Les styles d’enquête diffèrent-ils en fonction de régimes probatoires spécifiques ? L’importation de concepts ou de résultats élaborés dans la discipline voisine nécessite-t-elle des adaptations particulières (synthèse, réduction, simplification) et ces dernières en dénaturent-elles les modèles d’origines ? Que fait le sociologue lorsqu’il fonde son argumentation sur des faits historiques ou sur des interprétations élaborés par les historiens ? Comment dépasser l’opposition figée entre la ténacité du fait et le pouvoir de séduction du concept ?

A partir de travaux empiriques et de pratiques de recherche présentées par des chercheurs des deux disciplines, ce séminaire cherchera à mettre à l’épreuve le regard croisé entre sociologie et histoire. L’objectif sera de discuter l’articulation entre concepts et contextes, notamment en se concentrant sur les statuts et usages de la donnée (primaire, secondaire) dans le travail d’analyse, sur le mode d’argumentation et sur l’administration de la preuve.

 

 

Programme

Jeudi 25 octobre 2007

9h00-12h00 « Identités disciplinaires – indisciplinées »

Introduction

• François BUTON, sociologue, CNRS, CURAPP, Université de Picardie : « Pratiquer la sociologie ET l’histoire est-il possible ? Plaidoyer pour l’approche socio-historique »

• Pierre-Antoine SCHORDERET, politiste, IEPI, Université de Lausanne : « Les origines de la démocratie directe : retour sur un parcours de recherche entre sociologie, histoire et science politique »

14h00-17h00 « Faire face à l’historicité des catégories d’analyse »

• Francine MUEL-DREYFUS, sociologue, Centre de sociologie européenne, MSH, Paris : « Apports de la sociologie historique à l’analyse de la construction des "déviances" de l’enfance »

• Christophe DELAY, sociologue, doctorant, Université de Genève : "Les familles populaires face au devenir de leurs enfants : l’ambivalence. Retour sur la dialectique du souhaitable et du probable"

 

 

 

Vendredi 26 octobre 2007

9h00-12h00 « Institutions et ordre social : autour de Goffman, Foucault et Elias »

• Sabina LORIGA, historienne, EHESS, Paris : « Des besoins d’institution : éléments positifs d’attachement et mortification de Soi »

• Quentin DELUERMOZ, historien, Paris I : « Quelques usages de Goffman : les policiers en tenue et les ordres sociaux à Paris dans la seconde moitié du XIXe siècle »

14h00-17h00 « Expertise et mutilés: regards croisés »

• Jean-François LAE, sociologue, Paris VIII : « Les mouvements du corps »

• Michel PORRET, historien, Université de Genève : « Incendiaire, violeur d’enfant et vampire d'abattoir: le cas de Lucien M. examiné par Alexandre Lacassagne. Expertiser l'irresponsabilité criminelle à Genève en 1888 »

 



 

Ce colloque est ouvert à toute personne intéressée. Coordination et informations : Marco Cicchini (Marco.Cicchini@unige.ch), Cornelia Hummel (Cornelia.Hummel@unige.ch) ou Pierre-Antoine Schorderet (pierre-antoine.schorderet@unil.ch).

- inscription sur le site du PDRS : www.unige.ch/ses/socio/pdrs

- association et revue Carnets de bord : www.carnets-de-bord.ch


 

Délai d'inscription: 30/09/07