Quand la sociologie voit (ou ne voit pas) les femmes : questions, concepts et terrains autour de la différence sexuelle

Colloque thématique spécialisé

Vendredi 25 janvier 2008, Université de Lausanne, bâtiment Amphimax, salle 414

Plan de l'UNIL : http://www.unil.ch/webdav/site/acces/shared/plans/plandorigny_fr_1.pdf

 

Responsables: Dre Magdalena Rosende, maître-assistante et Dre Fabienne Malbois, maître-assistante, Institut de Sociologie des Communications de Masse, Faculté des SSP, Université de Lausanne.

En collaboration avec l’Ecole doctorale en Etudes genre (Barbara Lucas, coordinatrice).

 

Argument

 

Parmi les intellectuelles féministes qui, à partir des années ’70, s’attaquèrent à la question de la différence sexuelle, beaucoup étaient sociologues. Interrogeant de manière frontale la catégorie « femme », ces dernières ont accompli depuis lors un effort important de théorisation (Kergoat, Lorber, Jackson, Hochschild), notamment en soumettant à la discussion la distinction sexe/genre (Delphy, West et Zimmerman). Une part importante de leur contribution fut également, et reste, la lecture critique des « pères fondateurs » de la sociologie. Outre les biais androcentriques et les conceptions naturalistes de la différence sexuelle à l’œuvre dans les textes classiques (Marx, Durkheim, Weber, Simmel), ont été mis en évidence diverses stratégies argumentatives, dont la suivante : chez nombre de ces penseurs, le féminin étant assimilé au corps, s’ouvre un espace conceptuel où il devient pensable, à défaut d’être explicitement pensé, de fonder la socialité sur le masculin (Witz).

Sans nier l’intérêt de ces démarches, il est apparu productif de faire dialoguer les sociologies féministe versus classique autrement, à savoir de revisiter les théories sociologiques, un peu à l’image de cet ouvrage publié récemment par des chercheuses britanniques (Feminism after Bourdieu), à partir de la question suivante : dans quelle mesure celles-ci constituent-elles des ressources analytiques potentielles pour thématiser/saisir/observer la différence sexuelle ? Le but visé par ce déplacement, à savoir le passage de la critique « méfiante » à la critique « bienveillante » étant, soulignons-le bien, de se donner les moyens de redécouvrir ou de faire émerger des concepts ou des textes utiles à la sociologie féministe.

Aujourd’hui, les chercheuses francophones ont commencé à mesurer les apports d’auteurs tels que Goffman (The Arrangement between the sexes, Gender Advertisements), Elias (Les transformations de la balance des pouvoirs entre les sexes. Etude sociologique d'un processus à travers l'exemple de l'Etat romain antique), Garfinkel (Passing and the managed achievement of sex status in an ‘intersexed’ person) ou encore Simmel (Philosophie de l’amour). Il a semblé dès lors pertinent de poursuivre collectivement cette interrogation, en prenant pour objets de réflexion aussi bien les textes de sociologues reconnus que les travaux (articles, chapitres de thèse, etc.) dont nous sommes les auteurs/autrices. Pour débuter cette journée, on s’intéressera à ces monuments de la discipline que sont Comte, Durkheim et Mauss, en particulier à leur conceptualisation respective de la différence sexuelle (conférencière : Irène Théry, directrice d’études, EHESS (SHADIC). Nous verrons ensuite, à partir d’une recherche sur les professions artistiques, en quoi l’interactionnisme américain permet de saisir la production située des hiérarchisations, de sexe notamment (conférencière : Marie Buscatto, maîtresse de conférence, Paris I). On poursuivra ce travail de déconstruction/reconstruction à partir de vos propres réflexions dans le cadre d’un atelier.

 

 

Matin : Conférences

8h45-9h15: Accueil des participantEs (café/croissant)

9h15 - 9h30 : Présentation de la journée

9h30 à 10h30 : Conférence 1

Irène Théry : "Qu'est-ce que la distinction de sexe?"

11h00 à 12h00 : Conférence 2 

Marie Buscatto : « Artistes au féminin: apports épistémologiques d'une ethnographie du genre  ».

12h30-13h30 : Repas

Après-midi : Ateliers

14h-15h15 : Séance de travail 1

15h15-15h30 : Pause

15h30 – 16h45 : Séance de travail 2

16h45-17h00 : Conclusion

 

 

Résumés des interventions et textes de référence

1. Qu'est-ce que la distinction de sexe? (Irène Théry)

 

2. Artistes au féminin: apports épistémologiques d'une ethnographie du genre (Marie Buscatto)

Résumé

Les travaux de recherche rendant compte des différenciations sexuées à l’œuvre dans le monde du travail sont toujours plus nombreux, les premiers ouvrages de synthèse ont paru, signes d'une relative maturité de ce champ de recherche pourtant encore récent. Cependant, nous ne viserons pas ici à réaliser une présentation exhaustive de ces travaux, ni à redéfinir les concepts de genre, de sexe ou de rapports sociaux sexués. Nous essaierons plutôt de cerner les usages spécifiques de l’ethnographie pour étudier les rapports de genre au travail et identifier les processus sociaux de production et de transgression des différences sexuées.

Les enquêtes sociologiques, parfois complétées de données historiques, croisent en effet de nombreux matériaux afin d’étudier ces processus : statistiques, questionnaires, entretiens, analyse de documents - lois et règlements, photographies, presse ou documents de travail. En quoi les observations in situ complètent-elles, enrichissent-elles, font-elles voir « autrement » la question du genre au travail ? C’est autour du cas exemplaire des enquêtes ethnographiques menées sur les femmes artistes et de notre propre enquête sur la place marginale des femmes musiciennes dans le monde du jazz français que nous déroulerons le fil de notre démonstration.

Dans un premier temps, nous décrirons les manières dont se positionne une ethnographie du genre dans la sociologie des rapports sociaux de sexe par sa capacité à situer l’« arrangement entre les sexes » (Goffman) comme point d’entrée de l’analyse. Nous présenterons (et illustrerons) ensuite trois apports et usages épistémologiques particuliers d’une ethnographie du genre : le repérage de stéréotypes sexués dévalorisants ; la constitution de réseaux professionnels « masculins » ; l’identification de normes et de conventions sexués.

Principales publications de l’auteure sur le sujet

Buscatto Marie Femmes du jazz. Musicalités, féminités, marginalisations, Paris, CNRS Editions, 2007.

Buscatto Marie « Contributions of ethnography to gendered sociology: the French jazz world », Qualitative Sociology Review, III (3), 2007.

Buscatto Marie « Tenter, rentrer, rester : les trois défis des femmes instrumentistes de jazz », Travail, genre et sociétés, 19, avril 2008, à paraître.

Buscatto Marie « Syndicaliste en entreprise : une activité si masculine… ». In Roux Patricia, Filleule Olivier (dir.) Le sexe du militantisme, 2008, à paraître.

Buscatto Marie « Femme dans un monde d’hommes musiciens. Des usages épistémologiques du « genre » de l’ethnographe », Volume!, 4 (1), 2005, 77-93.

Buscatto Marie « La jam chante, le genre nous hante », Cahiers de musiques traditionnelles, 18, 2005, 239-251.

Buscatto Marie « Chanteuse de jazz n’est point métier d’homme. L’accord imparfait entre voix et instrument en France », Revue française de sociologie 44 (1), 2003, 33-60.

 

 

 

Conditions de participation

Les participant-e-s à cette journée sont priée-e-s de rédiger à l'avance, et à destination des un-e-s des autres, un papier de 2-3 pages maximum qui répond à l’une et/ou l’autre de ces deux questions :

1) Quel est le statut de la différence sexuelle dans la littérature que vous mobilisez, ou encore dans le terrain que vous investiguez ?

2) A quelle(s) théorie(s) sociologique(s) se rattache ou pourrait se rattacher la conception de la différence sexuelle que vous mobilisez ?

 

Les papiers doivent parvenir aux responsables du module, <script type="text/javascript"> </script>Magdalena.Rosende@unil.ch et <script type="text/javascript"> </script>Fabienne.Malbois@unil.ch,  ainsi qu'à la coordinadrice du  PDRS, <script type="text/javascript"> </script>, pour le 15 décembre 2007 au plus tard. Ils seront téléchargeables depuis cette page dès cette date.

Parallèlement, qu’ils ou elles soient rattaché-e-s au programme doctoral romand en sociologie ou à l’école lémanique en études genre. tous les participant-e-s rempliront et retourneront d’ici au 15 décembre 2007 le formulaire d’inscription qui figure sur le site web du PDRS.