Transnationalisme, Etat-Nation et évolution des modèles migratoires

 

24 avril 2009, Université de Neuchâtel, Institut de sociologie

 

Journée d’études thématique sous la responsabilité de :

Dr. Mihaela Nedelcu, chargée d’enseignement et de recherche; Prof. François Hainard, directeur de l'Institut de sociologie ; Prof. Janine Dahinden, directrice de la MAPS.

 

Argument

Si le transnationalisme migrant - sous la forme de réseaux de longue distance – est un phénomène de longue date, les dynamiques migratoires transnationales connaissent, depuis une vingtaine d’années, une forte intensification et diversification. Plusieurs facteurs y participent : la restructuration globale du capital ; l’augmentation de l’insécurité politique et économique des migrants dans les sociétés d’accueil ; le rôle de plus en plus important que les migrants jouent dans les économies des pays d’origine ; la reconnaissance de ce rôle par les Etats d’origine octroyant des nouveaux droits politiques à leurs ressortissants ; la reformulation des projets nationaux des pays d’origine et d’accueil pour inciter des loyautés politiques des immigrés envers les deux Etats-nations. La féminisation notable des flux migratoires contribue aussi à l’émergence des nouveaux modes de fonctionnement transnational des familles. Par ailleurs, l’explosion des technologies d’information et de communication (Internet, téléphonie mobile et médias numériques) ouvre des possibilités de coprésence encore difficiles à imaginer il y a deux décennies. Dès lors, le transnationalisme non seulement prend de l’ampleur, mais se révèle qualitativement différent de celui d’il y a un siècle, et même de celui d’il y a une décennie ! Car l’intensité et la simultanéité actuelles des activités transnationales quotidiennes conduisent à l’émergence de nouvelles manières d’être dans le monde, à la transformation des structures sociales et à l’apparition d’habitus transnationaux.

S’intéressant aux défis théoriques et méthodologiques que cette nouvelle réalité pose aux chercheurs en sciences sociales, cette journée doctorale présente un ensemble d’approches qui offrent des nouveaux outils à l’analyse des phénomènes migratoires contemporains. Les conférenciers invités aborderont ainsi différents aspects du paradigme de la mobilité transnationale dans l’étude des migrations internationales et s’interrogeront sur les limites d’une grammaire conceptuelle trop balisée par le nationalisme méthodologique. Ils s’attarderont d’une part sur la nécessité de mettre en perspective l’enchevêtrement des échelles spatio-temporelles et politiques des expériences du national (à travers, par exemple, des thèmes comme la dénationalisation ou la cosmopolitisation des sociétés des Etats-nations). D’autre part, ils souligneront l’émergence de nouveaux terrains (espace virtuel, échelles locale versus transnationale, etc.) dans l’étude des dynamiques transnationales et le besoin d’innover sur le plan méthodologique pour rendre compte d’une réalité ontologique en évolution.

Cette journée doctorale est organisée sous la forme d'un module de formation qui aura lieu sur deux demi-journées. Chaque module débutera par une présentation donnée par un-e ou deux expert-e/s invité-e/s et se poursuivra, dans un deuxième temps, par un atelier. Dans ce cadre, plusieurs doctorant-e-s travaillant sur le thème du transnationalisme migrant présenteront leurs projets, enrichissant ainsi le débat et les échanges soutenus avec les expert-e-s et les autres participant-e-s.

 

Programme

9h00 - 9h15  Bienvenue et présentation de la journée 
9h15 - 10h15

« Etre ici et là bas en même temps : les aspects genrés des expériences transnationales et/ou circulatoires »

Prof. Mirjana Morokvasic, directrice de recherche CNRS, Université de Paris 10 Nanterre

10h15-10h30 Pause café
10h30 -11h30 

Atelier 1(exposé + débat) «Les dimensions temporelles de la circulation des danseuses de cabaret»

Romaric Thievent, doctorant UniNE

11h30 -12h30 

Atelier 2 (exposé et débat) « Le transnationalisme symbolique des migrants non circulants, le cas des femmes chinoises sans papier installées à Paris»

Florence Lévy, doctorante UniNE et EHESS

12h30 -14h00 Repas (Restaurant de l'Orangerie)
14h – 15h 

« Terrain multi-sites: une approche ethnographique des migrations transnationales»

Dr. Swanie Potot, chargée de recherche CNRS, URMIS, Université de Nice Sophia-Antipolis

15h -16h 

 Atelier 3 (exposé et débat) "Ideologies, interests and rhetorical strategies behind migration policies in selected European countries"

Heikki Mattila, doctorant UniGE

16h -16h15  Pause
16h15-17h15

 «Le migrant online : défis méthodologiques et épistémologiques dans l'étude des migrations internationales à l'ère du numérique»

Dr. Mihaela Nedelcu, chargée d'enseignement et de recherche, Institut de Sociologie, Université de Neuchâtel

17h15-18h00

 Débat, synthèse et clôture de la journée

 

 

Présentation des intervenantes:

Mirjana Morokvasic

Mirjana Morokvasic est Directrice de recherche émérite au CNRS. Elle a enseigné à l'Université Paris X-Nanterre. Docteure de l'Université Paris V - René Descartes, elle a débuté sa carrière à l'Université de Lille III en 1970 où elle a été maître-assistante en psychologie sociale jusqu'à 1979, l'année de sa nomination au CNRS. Chercheure et professeure invitée dans de nombreuses universités étrangères, entre autres en Grande Bretagne : Sussex, Warwick, en Allemagne : au Wissenschaftszentrum Berlin, à la Freie Universität et la Technische Universität Berlin, notamment en tant que boursière Alexander von Humboldt. Mirjana Morokvasic a été Marie Jahoda Professor à la Ruhr Universität Bochum en 1999/2000. En 2001 elle a été professeure invitée à l'Université Ochanomizu Tokyo, Institut for Gender Studies. Les recherches de Mirjana Morokvasic portent sur les migrations transnationales, processus identitaires et genre dont certaines s'inscrivent depuis plusieurs années dans le cadre des partenariats européens : EthnoGeneration (2002-2005), www.ethnogeneration,org , FeMiPol (2006-2008) www.femipol.uni-frankfurt.de/ , IDEA (2007-2009) www.idea6fp.uw.edu.pl .

Mirjana Morokvasic a été/ est toujours consultante pour divers organismes nationaux et internationaux dont le Conseil National des Populations Immigrées, Conseil Scientifique du Fond National Suisse pour la Recherche , l'OCDE, le BIT, le Conseil de l'Europe, la Commission Européenne et membre des comités scientifiques ou éditoriaux de Current Sociology/Sociologie Contemporaine, de la Revue d'études comparatives est-ouest, Balkanologie, Migration Sociétés, Zeitschrift für Frauenforschung .

 

Swanie Potot

Swanie Potot est sociologue, chargée de recherche au CNRS, rattachée à l’unité de recherche « Migrations et société », URMIS-Nice. Ses recherches portent sur les nouvelles formes migratoires à travers l’Europe et leurs liens avec la dérégulation de certains secteurs d’emploi. La multiplicité grandissante des statuts octroyés aux travailleurs migrants, accentuée par le contexte d’élargissement de l’Union Européenne, crée en effet des conditions inédites qui favorisent le recours au travail des étrangers, surtout ceux originaires d’Europe de l’Est, tout en poussant ces derniers à se maintenir dans des pratiques de mobilité qui les amènent à cumuler des emplois de courtes durées sur de vastes espaces. Le traitement politique de cette main-d’œuvre encourage ces mouvements continus en considérant celle-ci exclusivement comme une force de travail momentanée, représentant une valeur marchande, mais dont l’existence en tant que sujets sociaux est véritablement niée. Cette situation invite à interroger les pratiques et les rôles occupés par ces migrants tant dans les sociétés occidentales, où ils remplissent souvent les emplois les plus flexibles et dépréciés, que dans leurs pays d’origine où ils investissent des sommes importantes tout au long de l’année.

Swanie Potot analyse ces migrations comme le passage d’un modèle migratoire post-colonial vers un modèle pan-européen. Elle a publié, entre autre, l’ouvrage Vivre à l’Est, travailler à l’Ouest. Les routes roumaines de l’Europe, L’Harmattan, 2007.

 

Mihaela Nedelcu

Mihaela Nedelcu est chargée d'enseignement à l'Institut de Sociologie de l'Université de Neuchâtel et chercheuse postdoctorante au Forum suisse pour l'étude des migrations et de la population dans le cadre du programme de recherche MOVE. Spécialisée dans le domaine des migrations transnationales, et en particulier de l'impact des technologies d'information et de communication sur les processus migratoires, elle travaille depuis plus de huit ans sur les migrations roumaines en Europe et en Amérique du Nord. Elle s'intéresse également aux migrations de professionnels hautement qualifiés et au lien migration-développement dans les pays de l'Europe de l'Est.

Elle a dirigé, entre autres, l'ouvrage « La mobilité internationale des compétences. Situations récentes, approches nouvelles », L'Harmattan, 2004. En avril 2008, elle a défendu sa thèse de doctorat « Néo-cosmopolitismes, modèles migratoires et actions transnationales à l'ère du numérique. Les migrants roumains hautement qualifiés », obtenant le titre de docteur ès sciences humaines – sociologie, avec la mention summa cum laude à l'unanimité du jury. Elle prépare actuellement la publication de son prochain ouvrage : « Le migrant online. Une lecture cosmopolitique des processus migratoires à l’ère du numérique » qui va paraître chez L’Harmattan dans le courant du 2009.