La réalisation de films pour les sciences sociales: le cas de la Suisse

Journées d'études méthodologiques

3 et 4 décembre 2009, Université de Genève, Département de sociologie et le Musée d'Ethnographie de Genève (MEG)

 

Plan d'accès au MEG (Carl-Vogt)

 

Sous la responsabilité de :

Unité de sociologie visuelle, Département de sociologie, Université de Genève
(Organisation: Morena La Barba, avec la collaboration de: Jenny Maggi, Stefano Losa et Sandro Cattacin)



Argument

L’utilisation de documentaires comme outil pédagogique à divers échelons de l’enseignement supérieur dans les sciences sociales et humaines ainsi que le recours aux images filmiques pour la recherche sont des pratiques qui se sont consolidées au fil des années. On fait de la recherche sur les images, à partir des images, mais aussi avec les images. Nous nous intéressons, lors de ce module de formation, à cette dernière option ainsi que nous l’avions fait sur une seule journée, en avril 2006, dans le cadre du Programme Doctoral Romand en Sociologie. 


Des anthropologues, des sociologues depuis des décennies réalisent des films et produisent un corpus de réflexions et de pratiques qui enrichissent le savoir scientifique et cinématographique. Des institutions académiques produisent de plus en plus de films, et elles forment des réalisateurs qui font le pont entre le public et le savoir académique. Comment s’articule aujourd’hui cette configuration ? 


D’un côté, la production croissante de films documentaires, le succès de la distribution en salles, la reconnaissance dans le monde privilégié du cinéma, se confronte à l’autoproduction amateur, laquelle explose grâce à la démocratisation des moyens de production d’images. De l’autre côté, la télévision dicte ses standards, ses normes de production, ses codes, ses pratiques de travail et son langage. La pluralisation des modes de production représente, aussi, une pluralisation des langages. L’anthropologie visuelle, la sociologie visuelle produisent des langages qui se confrontent aux langages de la télévision et du cinéma. 


La Suisse a une longue et brillante tradition de réalisation de cinéma ethnographique et sociologique qu’on peut classer sous la définition élargie de « cinéma documentaire ».  Dans ce module, on essayera de présenter diverses pratiques et savoirs de la réalisation helvétique. Au travers des expériences de réalisateurs et chercheurs-réalisateurs, on  montrera et discutera diverses pratiques de réalisation de films pour les sciences sociales en prenant en considération leur production, leur écriture,  
leur réalisation. Avec des professionnels de la branche, on questionnera également les standards télévisuels et cinématographiques de la réalisation documentaire et leur rapport à la dimension scientifique et académique.

On se demandera aussi quelles sont les continuités et discontinuités entre les différentes approches dans la réalisation de films documentaires. Quel est le rapport entre le chercheur-réalisateur et l’institution académique, les mandataires? Ou encore, comment se place le film sociologique, ethnographique dans des canaux de distribution tels que la télévision, les salles de cinéma ou les festivals ? 

 

Programme

 

Jeudi 3 décembre 2009

 

9h15-9h30

Accueil des participant(e)s

9h30-10h

Introduction et présentation des participant(e)s, Morena La Barba

10h00-12h00

Jacqueline Veuve, cinéaste et ethnologue

"40 ans de film documentaire"

modération: Stefano Losa

12h30-13h30

Repas de midi à Uni Mail, Cafeteria Marx

14h00-15h15

Gaspard Lamunière, Chargé de programmes Documentaires de la TSR

"Filmer pour être vu"

15h15-15h30
Pause

15h30-17h00

« Les réalisations et projets de recherche de l’Unité de sociologie visuelle»
Jenny Maggi, Morena La Barba, Stefano Losa & Sandro Cattacin, Département de Sociologie, Université de Genève

 

Vendredi 4 décembre 2009

 

9h15-9h30

Présentation de la journée, Morena La Barba

9h30-11h

« Audiovisuel et sciences sociales : la question du financement »

Table ronde sous la direction de Cornelia Hummel, Dpt de sociologie, UNIGE , avec la participation de :

Joëlle Comé, DIP, Genève ; Olivier Müller, Office Fédéral de la Culture & Professeur Laurent Tissot, UNINE/FNRS

11h-11h15

Pause

11h15-12h30

Jean Perret, directeur du Festival international du cinéma documentaire de Nyon

"Du plan au récit, les romans du réel"

12h30-13h30

Repas de midi à UNI MAIL, Cafeteria Marx

14h00-15h30

Christian Lallier, anthropologue et cinéaste, Laboratoire d’Anthropologie Urbaine LAU – CNRS

"Anthropologie filmée: les conditions de production d'un savoir"

modération: Jenny Maggi

15h30-15h45

Pause

15h45-17h00

Majan Garlinski, Musée d’Ethnographie Genève,

Commission audiovisuelle de la Société Suisse d’Ethnologie

"Du terrain ethnographique au cinéma"

17h00

Conclusions et perspectives, Morena La Barba

Suivi d'une:

Visite commentée du MEG : Exposition « L’air du temps »

 

 

 

 

Les intervenants

 

Jacqueline Veuve

40 ans de film documentaire

Jacqueline Veuve choisit d'allier le produit au processus en montrant des extraits de ses films pour répondre ensuite au "pourquoi ce film, selon quelle démarche il se construit, quelle disponibilité pour l'inattendu et pour l'opportunité, comment guider une situation permanente de choix".

Pour plus d'informations sur Jacqueline Veuve et sur son travail, vous pouvez visiter son site.

 

Gaspard Lamunière

 

Filmer pour être vu

Etat des lieux de la production et de la ligne éditoriale de l'Unité des films documentaires de la TSR. Exemples de collaborations avec l'enseignement. Exigences de qualité cinématographiques.

Après une licence en sociologie obtenue à Genève, Gaspard Lamunière est engagé comme journaliste stagiaire à la Télévision Suisse Romande en 1984. Au terme de sa formation, il devient grand reporter au magazine « Temps présent » avec lequel il parcourt la Suisse et le monde pour réaliser plus de 50 reportages de longue durée. Volontairement éclectique, Lamunière a abordé une vaste palette de thèmes, tout comme de style de reportages : investigation, immersion-captation, portraits, etc. Un parcours qui l'a logiquement conduit à co-produire et co-présenter « Temps présent » au tournant du millénaire. Depuis 2004, il a rejoint l'Unité des films documentaires de la TSR, où il collabore à l'acquisition et à la production de documentaires. Son expérience du terrain, sa connaissance des métiers de l'audiovisuel ainsi que de la production en font un interlocuteur respecté tant en Suisse qu'à l'étranger.

 

Table Ronde sous la direction de Cornelia Hummel

Audiovisuel et sciences sociales: la question du financement

 Cette table ronde vise à discuter de la question souvent épineuse du financement de projet alliant audiovisuel et sciences sociales. L'audiovisuel peut avoir trois statuts au sein d'un projet en sciences sociales: objet de recherche, méthode de recherche, produit de recherche. On accordera une moindre importance au premier statut (dans lequel l'audiovisuel est traité comme une source), pour se concentrer sur les deux autre statuts.

Les questions débattues seront les suivantes: la récolte de matériaux par le biais de l'audiovisuel est-elle une méthode comme un autre en sciences sociales? Dans quelle mesure le recours à des professionnels de l'image est-elle acceptée/encouragée par les organismes de financement scientifique? Si le matériel audiovisuel récolté est monté de façon à en faire un film, quel est le statut de celui-ci (production scientifique, une oeuvre audiovisuelle)? Pour passer du matériau scientifique au film, à quelle institution faire appel pour le financement? Dans quel cadre un projet de recherche peut-il déboucher sur un film dans un processus de valorisation (destiné par exemple au grand public ou à l'enseignement)? Comment le financement est-il assuré? Qui réalise le film (le-la scientifique, un-e réalisateur-trice)?

A l'aide d'exemples concrets, la table ronde vise à placer la question du caractère hybride du film "de sciences sociales" dans le cadre des pratiques de financement scientifiques et culturelles.

 

Jean Perret

Du plan au récit, les romans du réel

Comment un Festival tel que Visions du Réel peut-il se positionner dans le paysage audiovisuel suisse et international? Comment prendre pied dans la "modernité liquide", faite de ce flux d'images et de sons qui dans sa nature inflationniste même provoque des pertes de connaissance, de repères, de croyance. Comment fréquenter les films du réel, quelles attentes, exigences faire valoir à son endroit? Il convient de distinguer, d'abord, les films produits sur (telle question, thème, etc.) des films réalisés avec, autour, parmi, pour. Des extraits de quelques films non en illustration du propos mais articulé avec celui-ci, des éléments de réflexion pour une mise en perspective d'un cinéma plus haptique qu'optique! Histoire de plan, de découpe dans l'espace et le temps.

Enseignant dans le secondaire supérieur du Département de l'Instruction Publique du Canton de Genève (histoire, cinéma) jusqu'en 1989, Jean Perret a aussi été journaliste à la Radio Suisse Romande de 1985 à 2000, responsable du domaine cinéma, producteur et collaborateur d'émissions culturelles.

Membre de différentes commissions liées à la promotion, la production et la diffusion du cinéma au plan cantonal et national.

Cargé de cours et de séminaires à l'Ecole supérieure d'arts visuels de Genève (histoire et esthétique du cinéma) de 1993 à 1996. Cours et interventions dans différentes écoles et manifestations liés à la lecture de l'image, au cinéma du réel, à la communication.

Délégué général de la Semaine de la Critique au Festival de Locarno entre 1990 et 1994.

Directeur du Festival international du cinéma documentaire de Nyon, Visions du Réel, depuis 1995.

 

Christian Lallier

Anthropologie filmée: les conditions de production d'un savoir

Dans le monde des sciences sociales où prédomine l’écrit, en quoi l’image filmée peut-elle prétendre produire un savoir ? Une telle question semble supposer qu’il existerait une manière commune de pratiquer l’enquête de « terrain » entre tous ceux qui utilisent la vidéo. Or, l’acte de filmer dans l’investigation ethnographique, par exemple, se traduit très différemment, selon le statut attribué à l’image dans les travaux de recherche. Nous pourrons ainsi distinguer le dispositif de captation vidéographique visant à modéliser une situation donnée, et le documentaire d’observation dont l’approche consiste à modaliser cette même situation : autrement dit, à transformer ce qui est effectivement vécu en une action de jeu, au sens de rendre compte de ce qui se joue dans une situation sociale donnée. Dans cette perspective, nous examinerons les conditions de possibilité de l’observation filmée des interactions sociales, en tant qu’elles participent à une forme singulière de production de la connaissance. Cette communication sera accompagnée d'extraits des films documentaires de Christian Lallier.

Christian Lallier est anthropologue-cinéaste, docteur en anthropologie sociale de l’EHESS et membre du Laboratoire d’Anthropologie Urbaine du CNRS (LAU). Il a réalisé plusieurs films documentaires, notamment avec ARTE, le CNRS, l’IRD, l’AFD : Nioro-du-Sahel, une ville sous tension, Chambre d’hôtes dans le Sahel, L’argent de l’eau et aussi Changement à Gare du Nord et Naissance d’un lieu de travail. Ses travaux de recherche, sur la pratique de l’observation filmée, l’on conduit à enseigner l’anthropologie visuelle à l’ENS-Lettres & Sciences Humaines, à l’EHESS et à Sciences Po. Il est l’auteur de plusieurs articles sur le rapport filmant-filmé et vient de publier« Pour une anthropologie filmée des interactions sociales » auxEditions des Archives Contemporaines (EAC).

 

Majan Garlinski

Du terrain ethnographique au cinéma

Majan Garlinski propose un survol de l'anthropologie visuelle en 60 minutes partant d'un terrain ethno-cinématographique au Népal, à l'exemple du film "Review of Makai" (Majan Garlinski/Albin Bieri, 1991, Suisse) passant pas sa valorisation à l'Université de Zurich en 1992, traversant quelques questions liées aux collections audiovisuelles au MEG (l'archivage, la restauration, l'accessibilité), et en abordant finalement les questions de la diffusion (projection de films, festivals et Forum d'anthropologie visuelle).

 

Majan Garlinski, né à Varsovie, ethnologue (lic phil. l), conservateur du département d'anthropologie visuelle au Musée d'ethnographie de Genève (MEG) a fait des études à l'Université de Bâle et Zurich.

 

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